Noël en musique dans la tradition chrétienne

Alors que les fêtes animent cette fin d’année, nous vous invitons aujourd’hui à découvrir plus en détails un des chants qui est sans doute l’un des morceaux les plus connus du répertoire grégorien « Puer natus est ».

Selon une tradition qui remonte au VIe siècle, Noël connaît trois formules liturgiques différentes : la messe de la nuit, celle de l’aurore et celle du jour. Le degré d’importance des célébrations liturgiques est ici le contraire de celui de Pâques. La messe principale est celle du jour et les célébrations de la nuit et du matin s’y sont ajoutées un peu plus tard. Pour Pâques au contraire, la liturgie centrale, centre de toute l’année liturgique, est celle de la veillée nocturne, tandis que la messe du jour est un complément apparu ultérieurement.

« Puer natus est » constitue l’introït, le premier chant de la messe de nuit, et devint, au cours des siècles, un véritable symbole de la tradition monodique de Noël. On le trouve dans de très nombreux manuscrits, à chaque siècle, dans les différentes notations en usage.

Avec l’apparition de la polyphonie, à la suite du grand mouvement de l’Ecole de Notre-Dame au XIIIe siècle, de nombreux compositeurs firent le choix de mettre en musique ce beau poème.

L’interprétation de l’ensemble Diabolus in Musica, sur le CD Missa Magna est ici bien particulière. Aux voix graves s’ajoutent une seconde voix plus aigue, « à la quinte », placée, comme son nom l’indique, une quinte au dessus de la mélodie initiale. (Ecouter le titre chez ADF Bayard Musique)

Cet ajout ne constitue cependant, en rien, une polyphonie ! D’ailleurs, cette pratique était tellement courante en France à la fin du Moyen Âge, et aisée pour des chanteurs aguerris, qu’elle n’était généralement pas mentionnée dans les manuscrits. La voix était donc bien souvent improvisée !

Au lieu de l’envisager comme une polyphonie, il convient donc plutôt de la considérer comme un enrichissement de la monodie originelle.

 

Le site Una Voce en propose une version traditionnelle par des moines d’aujourd’hui, avec accompagnement d’orgue.

Puer natus est nobis, et filius datus est nobis : cujus imperium super humerum ejus : et vocabitur nomen ejus magni consilii Angelus.

Un enfant nous est né, un fils nous est donné ; la souveraineté est sur son épaule. On l’appellera du nom d’envoyé du Grand Conseil.

« Le texte du chant de l’Introït est extrait de l’une des grandes prophéties d’Isaïe annonçant le mystère de l’Incarnation, comme nous en avons entendu plusieurs au temps de l’Avent.

La souveraineté sur son épaule évoque l’instrument par lequel il régnera, c’est-à-dire la Croix. Quant au Grand Conseil dont il est l’envoyé, c’est le grand dessein de la Sainte Trinité de sauver tous les hommes. Le texte d’Isaïe continue d’ailleurs par d’autres qualificatifs que l’on retrouve à d’autres moments de la liturgie de Noël, notamment à l’Introït de la messe de l’aurore. Il contraste singulièrement avec la faiblesse et la modestie de ce tout petit enfant :  » Conseiller admirable, Dieu fort, Prince de la Paix, Père du siècle à venir.  »

La mélodie exprime à merveille la joie légère de Noël. Elle s’élance dès le début en un grand élan enthousiaste, puis elle s’apaise en une contemplation amoureuse, se nuançant d’un brin de mélancolie à l’évocation de la Croix, et elle s’achève par l’affirmation solennelle de la qualité de celui qui nous est envoyé. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 97 que nous allons retrouver au Graduel et à la Communion :

 

Cantate Domino canticum novum quia mirabilia fecit

Chantez au Seigneur un cantique nouveau car il a fait des merveilles.

 

Commentaire extrait de Una Voce